Voilà une lettre que j'ai lu sur un site d'aide québécois : Alterheros... Alors, j'ai trouvé ca vraiment frappant... Je trouve d'aillerus que ce qui y est dit c'est très vrai... malheuresement :( Laissez-vos commentaires !!!
La situation ne semble pas avoir évolué positivement
Nous reproduisons une lettre authentique que son auteur a expédiée, il y a quelques mois, à un Collège de la région de Montréal qui n'a d'ailleurs pas encore répondu. Nous avons retranché le nom du Collège visé, puisque ces situations ont été vécues un peu partout à travers le Québec... et le sont peut-être encore aujourd'hui l La lettre était adressée au président du conseil d'administration, de même qu'au directeur, au personnel passé et aux élèves.
Cette lettre n'est pas une mise en demeure comme les autres. Je ne vous traîne pas en justice, bien que vous le méritiez et que ce ne soit pas l'envie qui me manque. Mon objectif est plutôt de vous faire prendre conscience de tout le mal que vous m'avez fait, à moi et à d'autres durant notre séjour entre vos murs. Fouillez dans vos archives, vous y trouverez mon nom. J'ai fréquenté votre école durant mes années de secondaire, entre 1974 et 1976.
C'est plein d'espoir que je suis rentré chez vous, c'est l'âme profondément marquée et traumatisée que j'en suis sorti, pour retourner au secteur public où j'ai pu obtenir un peu de protection de la part de la direction en place. Ne cherchez pas de scandale d'abus sexuels bien que ce soit de sexualité dont il est ici question. Il est question de sexualité par l'intermédiaire de l'identité et de l'orientation.
J'étais un garçon efféminé aux yeux des autres garçons et sans doute aux vôtres aussi. Le pire du cauchemar a commencé chez vous très tôt en secondaire un et je considère qu'il n'est pas tout à fait terminé. J'espère par mon propos pouvoir me libérer d'un peu de la haine que j'ai reçue chez vous. Non seulement vos professeurs ont tenu des propos incitant à la haine des homosexuels et des garçons efféminés, mais ils l'ont aussi laissé faire sous leurs yeux. Constamment durant les cours, par mes compagnons de classe, j'étais harcelé. On me traitait de f if, de moumoune, de tapette, d'enculé, de mangeux de graine- On me demandait si mes cheveux frisaient naturel. On me jouait des coups pendables. Nous étions tous assis en rang, les bureaux les uns derrière les autres. Nous n'avions pas le choix de notre place désignée. Combien de temps, de jours, de mois j'ai subi le cognement du pied (lu gars d'en arrière sur la patte de ma chaise? Quand je me choquais, je tentais de répliquer, l'agresseur niait tout en bloc et c'est moi qu'on réprimandait.
Parlons maintenant (les cours d'éducation physique et de votre professeur de l'époque [...]. Ne vous en faites pas, les noms n'ont pas été changés pour préserver la réputation des innocents. Dans cette histoire sordide, il n'y en a pas beaucoup, de toute façon. À chaque cours d'éducation physique, j'ai été victime de haine, d'injures, de violences tant physiques que psychologiques. Et que faisait votre professeur? RIEN. On m'a bousculé, battu, enfargé, craché dessus... J'étais submergé par le nombre. Je n'arrivais plus à réagir, à me défendre. Je me souviendrai toute ma vie de cette fin d'après-midi du printemps 1976, dans la salle d'étude. J'étais en secondaire III. Mon bureau était au fond de la salle. Il n'y avait presque plus personne. Il y avait cependant [...], un animateur employé chez vous, un autre professeur dont j'ai oublié le nom et quelques autres élèves. Par la porte arrière sont survenus trois gars qui m'ont sauté dessus, bousculé, frappé à coups de poing. Une fois par terre, ils m'ont rachevé à coup de pied. PERSONNE N'EST INTERVENU. Je me suis ramassé tout seul. J'avais peine à respirer. Je n'arrivais même plus à pleurer. Devant l'immobilisme de tout le monder j'ai compris et pensé que je le méritais. Mes parents ont connu cette histoire quand j'avais 31 ans. Ça m'a pris toutes ces années pour arriver à le leur dire. J'ai compris que la violence n'aurait jamais de fin et que, la prochaine fois, je ne survivrais peutêtre pas et à quoi bon de toute façon? Savez-vous le nombre de fois où je me suis sauvé à la fin des classes par la porte arrière du Collège, en courant, pour ne pas me faire ramasser? J'ai vécu la guerre chez vous dans la crainte des bombardements.
Venant de Châteauguay, il y avait un autobus nolisé que nos parents payaient pour nous voyager soir et matin. Savez-vous quelles histoires d'horreur se sont vécues dans l'autobus [...], l'autobus de l'enfer? L'enfer commençait le matin en y mettant le pied, durait toute lajournée et finissait le soir quand j'en redescendais. Je n'étais pas la seule victime. Il y en avait d'autres. Les frères [...] et leurs comparses y faisaient la pluie et le beau temps- J'ai vu un garçon s'y faire brûler un doigt avec un briquet. On m'a déjà obligé à manger un sandwich au jambon pourri qui m'a fait vomir instantanément. Vous en voulez d'autres..? Une question vous tenaille, je l'entends. Pourquoi n'ai-je rien dit à l'époque? Devant votre imrnobilité et votre immobilisme quand vous étiez témoins de ces actes (le voie (le fait, en qui vouliez-vous que j'aie confiance? En vous? A cet age, on est facilement terrifié par les adultes et, pire. on les croii le chauffeur d'autobus ne réagissait pas non plus (nous avions toujours le même). Je l'ai déjà entendu parler contre moi, soutenir les autres par ses propos.
Qu'ai-je fait pour mériter cela? Juste être ce que je suis- J'étais un garçon doux et tranquille qui voulait être aimé et accepté comme les autres. J'ai appris très tôt qu'il ne fallait pas être un f if et que, si on l'était, on ne méritait pas de vivre. En secondaire II, à l'insu de tous et même de mes parents, j'ai fait une tentative de suicide qui a échouée et dont personne n'a jamais rien su.
Si vous aviez été un peu plus charitables et ouverts, ma vie n'aurait pas été un enfer. Vous nous parliez de charité chrétienne et d'amour de Dieu à tout instant. À vous voir agir, j'ai cessé de croire en Dieu dans vos murs. II me semblait qui si Dieu était bon, comme vous le disiez tant, il ne laisserait pas les choses aller comme elles allaient. Votre bon Dieu n'a jamais été aussi loin des humains que chez vous.
Je vous ai vus aux informations de 18 heures, il y a quelques années, faire une manifestation pour commémorer la tuerie de l'École Polytechnique du 6 décembre. Je me disais qu'avant de dénoncer la violence ailleurs, il serait peut-être bonde la voir chez vous. Encore une fois, j'avais oublié que, dans notre société, les femmes, les noirs, les juifs... sont importants, mais les tapettes, on s'en fout. On s'en fout encore plus quand ils sont à l'école- Je ne suis pas mort- J'ai lutté toute ma vie contre l'homophobie et continuerai de le faire jusqu'à mon dernier souffle.
Aujourd'hui, je fais une recherche sur les mobiles de tentatives de suicide chez les jeunes gais et ceux qu'on identifie comme tels, sous la direction de Michel Dorais. (Elle sera publiée chez VLB en février prochain.) Tous les hommes rencontrés me parlent de l'enfer de l'école et surtout des cours d'éducation physique. Je suis maintenant convaincu (ça m'a pris du temps, voyez comme votre haine a été puissante) que je n'étais pas fou et que c'est moi qui avais raison. Je m'étais fait la promesse, à 14 ans, quand je me suis réveillé, voyant que ni la mort ni la vie ne voulaient de moi, qu'un jour je ferais éclater la vérité et que j'obtiendrais une forme de justice.
Ça m'a pris plus de 20 ans pour vous faire part de mon témoignage. J'espère qu'il vous servira de leçon et que vous ne tolérerez plus un tel houspillage homophobe dans vos murs. Tous les autres garçons qui, comme moi, ont subi l'injure, ne l'ont pas méritée. Tous ces garçons, qu'ils soient homosexuels ou non, ont droit à la vie,- à la sécurité et au bonheur autant que les hétérosexuels, ne vous en déplaise.